La peinture de marine apparaît comme genre à part entière au XVIIe siècle, en Italie et aux Pays-Bas. La France le négligera longtemps. Pourtant, deux artistes de l’école française vont devenir des références internationales en la matière : Claude Lorrain (1600 – 1682), puis Joseph Vernet ( 1714 – 1789). A l’époque romantique, grâce à l’influence conjuguée des peintres néerlandais et de Joseph Vernet, le genre se diversifie. Batailles navales et naufrages, explorateurs, négriers, contrebandiers ou pêcheurs envahissent les cimaises du Salon. Désormais, Impressionnistes, Pompiers, Fauves, etc. verront dans la mer un sujet de prédilection.

 

 

L'APPARITION D'UN GENRE NOUVEAU
C’est au XVIIe siècle, en Italie et surtout aux Pays-Bas, que se développe la peinture de marine. Filippo Angeli, dit Napoletano, peint dans des palais italiens des scènes de batailles et des marines à caractère décoratif. Aux Pays-Bas, les citoyens de la république bourgeoise et maritime font représenter fidèlement les moyens de leur prospérité. Par la suite, les peintres de marine évolueront entre ces deux tendances : réalisme et ornemental.
Dans les autres pays d’Europe, la mer demeure un sujet exceptionnel. Van Dyck (1599 – 1641) représente à l’arrière plan de son portrait de Charles Ier à la chasse la mer et une voile. Cette présence témoigne de l’importance que les souverains britanniques accordent à leur puissance navale. Au contraire, la France pâtit du peu d’intérêt que ses rois portent à la mer. L’absolutisme interdit toute représentation d’exploits autres que ceux de la personne royale ; les marins français restent dans l’ombre.
Claude Gellée, dit le Lorrain ( 1600 – 1692), fait carrière à Rome. Sa conception du paysage est opposée à celle des néerlandais. Il recompose un port idéal à partir d’éléments empruntés à une réalité imparfaite. Ses compositions triangulaires, la poésie des effets lumineux, le pouvoir d'évocation des navires, influenceront des générations de peintres de marines, à commencer par William Turner (1775 – 1851).

LE VENT EN POUPE
Pendant le Siècle des Lumières, la mer intéresse princes, savants et amateurs. Dans ce climat favorable, la peinture de marine se développe et jouit d’un certain succès.
Si l’Académie lutte pour donner au peintre le statut d’artiste, en province, les ateliers familiaux restent proches de l’artisanat. Plusieurs dynasties de peintres, qui s’illustreront dans la peinture de marine au cours du XVIIIe siècle, illustrent ce fait : les Roux à Marseille, les Ozanne à Brest, les Van Blarenberghe à Lille ou les Vernet en Avignon.
Fils d’artisan, formé en Provence, région riche de traditions et où les mécènes sont nombreux, Vernet débute sa carrière à Rome, comme Adrien Manglard ( 1695 – 1760). Au contact du milieu international, il reçoit diverses influences (classicisme, réalisme nordique, vedute italiennes) à partir desquelles il crée une manière originale, qui illustre parfaitement les tendances de son époque. Ce siècle de savants, observateurs précis et rigoureux, aime autant l’exactitude que le plaisir. Vernet allie parfaitement réalisme et sens du décor, description et poésie ; son art enchante Diderot. Les élèves et émules sont nombreux, mais c’est surtout au siècle suivant que les artistes puiseront leur inspiration dans la diversité de regards de Vernet.

LA RESTAURATION DE LA MARINE
La Révolution et l’Empire comptent parmi les périodes les moins glorieuses de la marine française. La peinture de marine est victime de ce désintérêt. Jean-François Hüe (1751 – 1823) et Louis-Philippe Crépin (1772 – 1851) n’ont que de rares victoires à illustrer.
En revanche, au moment où la Restauration et la Monarchie de Juillet apportent à la marine un souffle nouveau, les Romantiques découvrent dans la mer un prétexte idéal pour traduire les excès qu’appelle leur goût du drame. Peinture, mais aussi roman, poésie, musique, vont exploiter les ressources de la mer. Les sujets se diversifient (batailles, naufrages, paysages, explorations...), à tel point que rares sont les artistes qui ne peindront pas au moins une marine au cours de leur carrière. Certains se font une spécialité du genre, tels Eugène Isabey (1804 – 1886), Charles Mozin ( 1806 – 1862), Louis Garneray (1783 – 1867), Antoine Léon Morel-Fatio ( 1810 – 1871), Auguste Mayer (1805 – 1890), Jean-Baptiste Durand-Brager (1814 – 1879), Tanneur, Jules Noël (1810 – 1881), ou Théodore Gudin (1802 – 1880), qui, en 1830, sera le premier à porter le titre officiel de peintre de la marine.
Les commandes abondent. Louis-Philippe cherche à rallier tous les français autour des grandes étapes et des grands hommes de leur histoire. Cette volonté entraîne une engouement pour la peinture de bataille, y compris navale. Cette période marque l’apogée de la marine historique.

D'AUTRES MERS
Les thèmes apparus précédemment perdurent pendant la seconde moitié du XIXe siècle. On assiste toutefois à une radicalisation dans la manière de les représenter. Il s’ensuit un divorce entre peinture officielle et peinture non officielle.
La première représente surtout des scènes historiques. Le genre s’essouffle et, à la fin du siècle, prend un caractère anecdotique. La découverte de la Bretagne et de ses légendes maritimes accentue le goût du pittoresque, auquel se mêlent pathétique et sentimentalisme. La manière, froidement descriptive, annonce le réalisme socialiste. Paul Abram (1854 – 1924) et Alfred Guillou (1844 – 1926) sont les parfaits représentants de cette tendance.
La seconde, avec en tête les Impressionnistes, explore toutes les possibilités du paysage pur. Le regard objectif, parfois poussé jusqu'à la naïveté (Georges Seurat), se pose sur une mer apaisée. La Méditerranée favorise une vision sereine et décorative (Henri-Edmond Cross, Aristide Maillol), à laquelle, dans ses œuvres officielles, Félix Ziem (1821 – 1911)n’est pas insensible. Paul Gauguin (1848 – 1903) part pour les îles du Pacifique, en quête de spiritualité.
Fait nouveau, les peintres découvrent le nautisme ; Gustave Caillebotte (1848 – 1894), Paul Signac (1863 – 1935), Paul-César Helleu (1857 – 1927) possèdent leur propre bateau et naviguent.
A la fin du siècle, la marine à voile déserte les ports. Les peintres ont alors le sentiment d’assister à la fin d’un monde.