Inauguration dans les mailles du filet

Retrouvez le discours d'inauguration de l'exposition dans les mailles du filet par le directeur.

Inauguration "Dans les mailles du filet"

Inauguration exposition dans les mailles du filet © M.bensassi
 

Paris, 6 octobre 2015

"Chers Amis,

Le musée national de la marine propose une nouvelle exposition qui n’est pas comme les autres.
Elle raconte, vous l’avez compris, l’histoire de la grande pêche, celle de la grande pêche à la morue, l’or blanc des mers.

Il faut dire que la morue n’est pas un poisson comme les autres.
Son destin est intimement lié à notre histoire, à celle de notre pays mais aussi à celle de notre enfance.
C’étaient les grimaces après une grande cuillère à soupe d’huile de foie de morue. Vous vous souvenez ?
« Les délices des mères – les enfants l’aiment tous » ou « Prenez-en, Dieu l’ordonne » étaient les slogans publicitaires d’une époque aujourd’hui révolue.

Cette exposition, c’est l’histoire d’une pêche lointaine qui débute au moyen-âge et qui prend fin il n’y a pas si longtemps. Autant de siècles d’histoire pour un seul poisson, vous conviendrez que ce n’est pas courant.

La morue a été une ressource que l’on croyait inépuisable.
On allait la pêcher sur les côtes de Norvège ou d’Islande, sur les grands bancs de Terre-Neuve.
Terre-Neuve !
C’est le mythe, c’est le Crabe Tambour, c’est la « Morue joyeuse »,
« Wilsdorf, vous connaissez ? », « Cap à l’ouest, cap sur le crabe, tout le monde connaît son chat noir sur les bans… ».

Cette exposition c’est aussi une histoire d’hommes, celle des terre-neuvas, souvent d’origine paysanne ou ouvrière qui voulaient « gagner plus ».
On armait à la grande pêche, des Flandres au pays Basque, dans les ports de Dunkerque et de Saint-Malo, de Fécamp, de Paimpol et d’ailleurs.
Vous connaissez la Paimpolaise bien sûr. Chanté : « J’aime surtout la paimpolaise, qui m’attend au pays breton ». Voilà un vrai chant de marin.

Les conditions de vie étaient exceptionnellement dures. 6 mois de mer sans mettre le pied à terre, vous imaginez ?
Une météo souvent épouvantable, du brouillard, beaucoup de brouillard, du froid, des tempêtes, des glaces dérivantes.
C’était ça le quotidien à bord des frêles doris, avec les équipements de l’époque, le danger permanent.
Qui accepterait aujourd’hui de travailler dans ces conditions : 18 heures par jour, préparer la boëtte, amorcer les lignes, les poser, les relever, sortir le poisson, le hisser à bord – il faisait encore 5 à 6 kilos à l’époque -, le nettoyer, le saler – juste ce qu’il faut.
Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours en mémoire les images si émouvantes et la fin si triste de « Capitaines courageux », le film de Victor Flemming adapté du roman de Kipling. J’avais alors 5 ou 6 ans, je m’en souviens j’ai beaucoup pleuré.

Cette exposition, c’est également une histoire de femmes, on l’oublie trop souvent. Mais le musée ne l’a pas oublié.
Cette histoire, c’est celle de l’attente, de l’absence, des incertitudes, de l’anxiété et de l’angoisse.
Va-t-il revenir ?
Il y avait l’émotion du départ, la joie des retrouvailles, les enfants qui vous sautent dans les bras et ceux que l’on voit pour la 1ère fois parce que nés pendant l’absence. Il y avait aussi – trop souvent – la tristesse et la détresse quand « l’homme » ne revient pas.
Mort en service dirait-on aujourd’hui.

Cette exposition, c’est enfin une histoire morale, une histoire contemporaine, car le poisson a disparu, trop pêché, beaucoup trop pêché. Les stocks se sont effondrés : « la morue était trop belle » !
Il faut donc réfléchir – et l’exposition nous y invite -, à cet enjeu planétaire, celui de la mer et de la pêche durable.
La mer est notre avenir, le ministre vient de le rappeler.
Mais tout le monde le sait-il ?
Les intérêts économiques et sociaux sont gigantesques, les exigences de la protection de l’environnement et de l’écologie le sont plus encore. Le débat est difficile et passionné.
Que faire ?
Comment faire pour trouver le juste équilibre, sauvegarder les richesses de la mer et comment les exploiter raisonnablement. C’est compliqué mais ce débat doit avoir lieu.

Proposer et favoriser une réflexion sur les enjeux contemporains de la mer, c’est la nouvelle mission que se donne désormais le musée national de la marine, comme passeur de mémoire du patrimoine maritime universel. C’est le fondement même du futur musée qui se prépare, on en reparlera très vite vous l’avez compris.

L’exposition nous montre quantité de choses : des objets de la vie quotidienne des marins, des films – on connait tous « Pêcheurs d’Islande », - l’adaptation du roman de Pierre Loti -, des témoignages, beaucoup d’images animées. Depuis le début du XX ième siècle, la pêche à la morue a été documentée par le cinéma. Il y a aussi des films de fiction. Et puis beaucoup de tableaux sur ce sujet très à la mode dans la peinture à la fin du XIX ième. Des maquettes aussi.

L’exposition comporte 3 parties :
La première, historique, retrace l’aventure humaine, technique et économique autour de la morue. Il y a même des recettes de cuisine vous verrez !
La seconde est consacrée aux représentations que cette aventure a suscité par l’intermédiaire des artistes, des peintres, des écrivains, des cinéastes, des journalistes, qui se sont emparés du sujet.
La troisième partie, visuelle et sonore, interactive, tire les leçons de cette histoire et vise à sensibiliser le visiteur : comment assurer l’avenir de la ressource, quelles politiques doivent être mises en œuvre, comment pouvons-nous être acteur du développement durable de la pêche ?

A cet égard, une attention particulière a été portée au jeune public, en relation étroite avec l’Education nationale. L’exposition leur consacre un espace entièrement dédié  – « le pont des mousses » - avec un jeu sur la pêche durable, des outils d’aide à la visite, et des activités – des visites contées, des visites ateliers - qui sont proposées pendant les 9 mois de l’exposition, et notamment pendant la période des vacances scolaires.

Les personnes qui ont une vision déficiente ne sont pas oubliées, il y aura des fiches en gros caractère et même en braille.

Enfin, l’exposition sera présente d’une façon extrêmement dynamique sur internet et les réseaux sociaux, Facebook, Twitter et autres vecteurs de communication d’aujourd’hui.


Vous verrez, c’est beau, c’est intéressant, c’est souvent inattendu, c’est émouvant, très émouvant…En clair, moi je la trouve superbe cette expo ! Et je suis très objectif…

Initiée par Pascal Aumasson, alors directeur du Musée de Bretagne, et Yves Leroy, homme de culture qui a séjourné à Saint-Pierre-et-Miquelon, cette exposition a été préparée pendant plus de deux années. Elle a ensuite été mise en œuvre par les responsables de 4 musées de Bretagne et de Normandie et produite par le musée de Bretagne à Rennes.

L’adaptation et le développement du projet au musée de la Marine ont été réalisés par :
Denis-Michel Boëll, conservateur général du patrimoine, directeur-adjoint
Corinne Pignon, responsable du service des expositions
Philippe Schmidt, responsable du service multimédia.

Mes félicitations et remerciements chaleureux s’adressent à ces 3 commissaires qui se sont totalement immergés dans cette aventure, à tout l’équipage du musée et aux créateurs de cette scénographie très réussie, due à Nicolas Groult & Sylvain Roca.

Le musée exprime également sa vive reconnaissance aux prêteurs institutionnels et individuels sans lesquels l’exposition n’aurait pu voir le jour. Il m’est malheureusement impossible de les citer tous, il y en a plus de 35…

Notre gratitude va aussi aux très nombreuses personnes (elles sont près de 75 !) qui nous ont prodigués leurs conseils, leurs témoignages, et leurs encouragements, et qui pour certaines ont étroitement coopéré à la réalisation de cette exposition. Une véritable œuvre collective !

Je tiens à saluer tout particulièrement nos partenaires qui apportent à notre démarche un soutien indispensable et précieux. Je veux nommer en particulier la société SEMMARIS, gestionnaire du marché international de Rungis, dont le président Stéphane Layani est ici ce soir. Et le restaurant PRUNIER avec lequel se renouvelle une coopération toujours originale et très appréciée.

Je veux enfin citer les sociétés fondatrices de notre club d’entreprises qui nous accompagnent et nous soutiennent fidèlement au quotidien, DCNS, Louis Dreyfus armateurs et Aqua Lung- La Spirotechnique. Sans eux tous, nos ambitions seraient limitées et le pouvoir de rayonnement de nos expositions ne seraient pas le même.


Quant à moi, je vous remercie de votre attention, et je vous souhaite une bonne visite, j’espère qu’elle vous plaira."

 

LE MUSÉE, QUELLES HISTOIRES !

Du 07 décembre au 31 mars 2017
 
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